Claude in Chrome et artefacts : quand un plugin suffit, inutile de dégainer Claude Code.
J'ai construit un outil complet de recherche d'emploi sans ouvrir un éditeur de code. La leçon n'est pas technique : c'est une question de méthode.
Dans mes précédents articles, sur le cadrage et sur la mise en production, l'outil de travail était Claude Code. Celui-ci raconte l'inverse : un outil complet, construit presque sans lui.
Radar candidatures est une page qui classe les offres d'emploi, suit les candidatures et génère lettres et CV, alimentée par une tournée sur LinkedIn, l'Apec et Indeed. Tout est né en conversation avec Claude, avec deux briques : les artefacts pour l'interface, Claude in Chrome pour aller chercher les offres là où elles sont. Vingt-quatre versions plus tard, l'outil tient dans un plugin que d'autres cadres installent en deux minutes.
La leçon n'est pas technique. C'est une question de méthode : livrer quelque chose d'utilisable dès le premier jour, et laisser l'usage réel dicter la suite.
Le point de départ : un besoin, pas une techno
La recherche d'emploi d'un cadre, c'est trois sites d'offres, des alertes qui se recoupent et des dizaines d'annonces en double. Puis, pour chaque offre retenue, une lettre et un CV à adapter. Le vrai coût n'est pas de trouver des offres : c'est de trier, de suivre et d'écrire sans y passer ses journées.
Je n'ai pas commencé par une architecture. J'ai commencé par une question simple posée à Claude : quelles offres correspondent à mon profil, autour de chez moi, cette semaine ?
Itération 1 : une page qui classe les offres
Le premier livrable était un artefact : une page web publiée sur claude.ai, privée, avec 63 offres classées en trois rangs. A pour la priorité, B pour à examiner, C pour écarté. Chaque offre portait sa piste métier, un lien vers chaque site où elle était publiée, et une note franche sur la raison de son rang.
Une offre présente sur l'Apec et sur Indeed donnait une seule ligne, avec deux liens. Le suivi (à postuler, postulé, entretien) se faisait d'un clic. C'était déjà utile, et c'était le seul critère.

Ce que l'artefact apporte : une vraie interface en quelques minutes, sans serveur ni déploiement, qu'on republie à la même adresse à chaque amélioration.
Itération 2 : la collecte avec Claude in Chrome
Claude in Chrome navigue dans mon propre navigateur, avec mes sessions déjà ouvertes sur LinkedIn et l'Apec. Pas d'API, pas de scraping à coder : Claude ouvre les pages, lit les annonces et rapporte ce qu'il trouve. C'est là que le terrain a corrigé mes intuitions, une par une.
« Une recherche large, en OU, ratisse mieux. » Sur l'Apec, elle ramène du bruit : directeurs d'usine, comptables, pyrotechnie. Désormais, une alerte égale une expression entre guillemets.
« Les mails d'alerte suffisent. » LinkedIn n'y met qu'environ six offres. La liste complète se lit sur le site.
« Un lien de recherche LinkedIn fait l'affaire. » L'ancien format reste bloqué au chargement. Il faut le lien direct de chaque offre, obtenu en cliquant sur sa carte.
« Avignon suffit comme lieu. » Sans rayon explicite, l'Apec s'en tient à la ville.
« On peut multiplier les alertes. » L'Apec en accepte cinq. D'où quatre expressions ciblées, plus un filet large par fonction, sans mot-clé.
Aucune de ces règles n'aurait survécu à un cahier des charges rédigé à l'avance. Elles sont nées d'une tournée ratée, corrigée le jour même.
Itération 3 : lettres et CV générés depuis la page
Un artefact peut appeler Claude lui-même. Deux boutons sont donc apparus sur chaque offre : Lettre et CV. La page envoie l'annonce et mon parcours complet, reçoit un texte structuré, et produit un PDF à ma mise en page. Une base intégrée à la page garde les offres, le suivi et chaque version générée, sur tous mes appareils.

Les vraies améliorations sont venues de l'usage, pas de la conception :
- Repartir toujours de la source la plus complète. Un CV adapté à partir d'un CV déjà adapté perd des expériences à chaque génération.
- Ne rien mêler au texte envoyable. Les points de vigilance placés sous la lettre partaient avec le copier-coller. Ils vivent désormais à part, jamais copiés ni téléchargés.
- Des noms de fichiers sobres. Un intitulé à rallonge trahit l'outillage. Aujourd'hui : CV, nom, intitulé court du poste.
- Mes consignes passent en premier. Une limite de 1 500 caractères était ignorée. Les consignes ajoutées sont devenues prioritaires, avec une passe de raccourcissement automatique si le texte dépasse.
- Pas d'adresse dans la lettre. Le lieu de résidence n'apporte rien à un recruteur : il a disparu des lettres, puis du CV.
Itération 4 : la tournée devient une skill
Au bout de quelques tournées, je redonnais à Claude les mêmes consignes à chaque fois. Je les ai écrites une fois pour toutes dans une skill : une procédure en français, lancée d'un simple /radar depuis le panneau Claude de Chrome. Elle enchaîne cinq gestes :
- lire dans Gmail les seules alertes rangées sous le libellé « Radar », depuis le dernier passage ;
- ouvrir sur le site la liste complète de chaque alerte, limitée à cette même fenêtre de temps ;
- écarter les doublons déjà présents dans la page ;
- classer A, B ou C, et lire le texte complet des offres retenues ;
- les écrire dans la page, puis noter l'heure du passage, seulement si la tournée est allée au bout.
Deux détails ont tout changé. La fenêtre de lecture part du dernier passage réussi, moins deux heures de marge, bornée entre 24 heures et 7 jours : ni trou, ni doublon. Et le contenu des mails est traité comme une donnée, jamais comme une instruction.
Une limite aussi, assumée : une tâche planifiée ne joint pas toujours Chrome. La tournée reste donc lancée à la main, tous les un à trois jours. C'est un clic, et c'est fiable.
Itération 5 : du radar perso au plugin partagé
Je suis membre d'une association de cadres en recherche d'emploi. Partager l'outil voulait dire le vider de mes données sans perdre la méthode. Le résultat est un plugin : un paquet que chacun installe dans Claude, et qui ne contient que des procédures et un modèle de page vide.
/radar-installation: sept étapes guidées. CV et profil LinkedIn fusionnés en une base, incohérences tranchées, critères écrits, puis publication de sa propre page./radar-alertes: la conception des alertes LinkedIn, Apec et Indeed, et du filtre Gmail, avec les règles apprises sur le terrain./radar: la tournée, avec un mode démarrage qui parcourt directement sept jours de recherches./radar-profil: compléter sa base en conversation, sans jamais rien inventer.
Chaque membre a sa page privée et ses données dans son compte. Le plugin, lui, vit dans un dépôt GitHub public qui sert de catalogue : une mise à jour, c'est un numéro de version augmenté.

La méthode, en six règles
Utile au jour 1
Chaque version doit servir le jour même. La première était une simple liste classée.
L'usage avant la spécification
Les meilleures règles (guillemets sur l'Apec, liens directs LinkedIn, fenêtre de lecture) viennent d'échecs réels, pas d'un cahier des charges.
Un retour, une version
Une remarque d'usage donne une correction, publiée à la même adresse. La page en est à sa 24e version.
Écrire ce qu'on répète
Dès qu'une consigne revient trois fois, elle devient une skill.
La vérité avant le style
Une seule source de faits, la plus complète. Rien d'inventé, ni chiffre ni mission.
Le jugement reste humain
Claude classe, rédige et collecte. Je décide, je relis, j'envoie. Aucune candidature ne part sans moi.
Alors, quand dégainer Claude Code ?
Pour Radar, Claude Code n'a servi qu'à la toute fin : valider le plugin et publier le dépôt sur GitHub. Tout le reste, de la première liste au plugin partagé, s'est fait en conversation. Ce n'est pas un rejet de Claude Code : c'est le bon outil au bon moment.
- un outil personnel ou d'équipe, qui tient dans une page ;
- des données dans la page, des sites lus avec mes propres sessions ;
- une méthode à transmettre à des non-développeurs ;
- on itère en parlant.
- un produit avec plusieurs fichiers, des tests, une intégration continue ;
- un serveur, une base, des clés d'API, des tâches qui tournent sans moi ;
- du code à maintenir par des développeurs, dans un dépôt ;
- on itère en relisant des diffs.
Ma règle aujourd'hui : commencer là où l'usage est le plus proche, et ne passer à Claude Code que lorsque l'outil cesse de tenir dans une conversation. Pour une bonne partie des outils métier, ce moment n'arrive jamais.